En ce moment particulier de confinement, les activités du Prieuré (Accueil, offices ouverts au public) sont suspendues ; mais nous gardons le contact numérique avec vous, en vous proposant des éléments pour faire de ce temps contraint un temps spirituel choisi !

19 mars 2020 ; 28 mars 2020

Infos du Prieuré St Benoît
28 Mars 2020

« Patience, patience. Patience dans l’azur! »
( Paul Valéry)

Je ne suis pas patient de nature. Il y a quelques jours, je suis allé au Carrefour Market à côté de chez nous, pour acheter de la salade. Lorsque je suis arrivé sur le parking, j’y ai découvert une file de cinquante mètres, au moins : des clients qui attendaient patiemment que des places se libèrent à l’intérieur; chacun debout derrière son caddy. Je le confesse, j’ai alors tourné les talons, me disant que nous nous passerions de salade !
Et pourtant, je devrais tout de même apprendre de la nature que rien d’important ne se fait dans la hâte.
L’été, je suis souvent fasciné par un oiseau qui tourne lentement et indéfiniment dans l’azur. Faucon crécerelle, buse variable ou milan noir, le rapace a repéré quelque chose que je ne vois pas, peut-être un terrier ou un petit mulot, et attend le moment favorable. Si je sais attendre, je le vois soudain qui plonge comme l’éclair, et réapparaît quelques secondes après, avec quelque chose dans son bec. Il a su patienter pour obtenir l’essentiel du jour : de quoi manger. Et moi, je n’apprendrais pas la patience pour obtenir mon essentiel ? Pour devenir moi-même ? Pour trouver la paix profonde ? Pour me connecter solidement à mon Maître Intérieur ? Heureusement que nos traditions nous proposent mille exercices pour faire un pas sur le chemin de la Vie ! Et quelle belle occasion que le confinement pour s’exercer à la patience active, celle qui fait advenir l’essentiel. La méditation, bien sûr, répétée quotidiennement en lui donnant tout le temps nécessaire : « te tenir assis, debout, ou étendu présent à ton souffle, laissant passer les pensées parasites pour te rendre attentif à la vie qui te traverse, une des composantes de la grande Vie. Mais aussi apprendre à contempler, rester devant la beauté, l’accueillir en toi avec reconnaissance. »
Et je vais t’indiquer (peut-être seulement te rappeler) un exercice simple :
Prends une belle fleur, une seule ; en notre saison : une tulipe ou un iris, ou autre. Mets-la dans un vase, sur une table, et assied-toi en face d’elle, à 50 centimètres environ. Après l’avoir examinée attentivement pour faire connaissance, entre dans un nouveau regard : tu poses tes yeux sur elle de façon paisible, sans la détailler, mais en l’accueillant en toi. C’est là où la patience est nécessaire ; ne regarde pas ta montre, laisse-toi simplement aller dans la contemplation de sa divine beauté. Si tu sais persévérer, il va se produire quelque chose de très simple et profond : la fleur change de statut : elle était un objet que tu pouvais transporter, poser ici ou là, et même oublier. Mais voilà que pour toi elle devient sujet : tu as l’impression qu’elle existe par elle-même et qu’elle va te parler. Moment étonnant de changement de conscience, fruit de ta patience. Rends grâce et salue-la. Tu peux certes aller plus loin dans cet exercice, mais je ne t’en parlerai pas aujourd’hui, on attendra une autre fois…


fr. Benoît

Les beaux gestes

Mais avec l’avènement de l’homme naît un autre type de beauté du cœur ou de l’âme. Celle-ci relève du domaine éthique et du domaine spirituel. En effet, afin de surmonter les conditions tragiques de notre destin, de dépasser les contradictions tragiques de notre destin, de dépasser les contradictions entre soi et autrui, et également, de s’élever à la hauteur de la part divine de l’homme, les meilleurs d’entre nous, ayant dominé en eux-mêmes le surgissement de la violence, ont développé des qualités morales ou spirituelles qui sont innées à l’homme et qui lui font honneur. Nous pensons notamment aux qualités de générosité, d’empathie, de compassion, de miséricorde, de sacrifice au nom de la vie, d’amour sans condition. Ces qualités traduites en actes rehaussent l’humanité, la sauvent du désespoir et de la perdition. En quoi ces actes, qui ont trait plutôt au vrai et au bon, ont-ils à voir avec le beau ? Sans user de trop d’arguments, il suffit de nous rappeler qu’en français, à propos de ces actes on parle non de vrais gestes, de bons gestes, mais de beaux gestes. Oui, c’est grâce à tout un ensemble de beaux gestes que l’humanité peu à peu accède à la vérité. En ce sens, tous les gestes christiques, fondateurs sont de beaux gestes.


François Cheng « Œil ouvert et coeur battant » Desclée

L’attente fait entrer dans le temps du désir

  • Dans notre société pressée, pourquoi est-il devenu si difficile d’attendre ?


Catherine Chalier : Attendre, c’est penser qu’il y a des possibilités qui vont – ou non – se réaliser. Or, nous sommes dans un monde qui veut, par la technologie, accélérer le processus de la maturation. Avec la technologie, nous avons la volonté de maîtriser la temporalité, d’en accélérer le cours.
Nous ne voulons pas attendre parce que nous confondons le temps de la pulsion et le temps du désir. La pulsion veut tout immédiatement. Elle ne sait pas du tout attendre. On le voit dans l’usage que nous faisons d’Internet. On veut des réponses immédiates, on remercie les gens de leur « réactivité ». Pourtant, la réactivité n’est pas une réponse et l’affairement n’est pas la créativité.

  • Peut-on essayer de qualifier ce que l’attente creuse en nous ?

C. C. : Le temps de l’attente nous fait passer de l’immédiateté de la pulsion – qui est impérieuse et jamais satisfaite – au temps du désir. L’attente fait entrer dans ce que le philosophe Henri Bergson appelle « la
durée créatrice ». Cette durée créatrice, ce n’est pas le temps mécanique, ni celui de la technologie. C’est le temps qui nous apprend à nous tenir au diapason de ce qui, en nous-même, est la source de la création.
Rejoindre cette source en soi demande du temps…

  • Inversement, que signifie le manque d’attente ?

C. C. : Dans la Bible, on trouve cette interrogation : « Veilleur, où en est la nuit ? » (Isaïe, 21,11) Cette question s’adresse au gardien du Temple de Jérusalem qui devait dire quand il percevait les premières lueurs de l’aube. Il ne pouvait pas faire venir l’aube plus tôt, ni plus vite, mais il devait veiller pour annoncer le moment où, de la nuit elle-même, émerge la première clarté.
Ne pas savoir attendre, c’est confondre la nuit avec les ténèbres. Dans la nuit, on ne perçoit rien. Mais, à la différence des ténèbres, la nuit promet l’aube. Il faut des veilleurs qui soient capables de s’en apercevoir.

  • Peut-on distinguer une bonne et une mauvaise attente ?

C. C. : Il y a des attentes mauvaises. Je pense, par exemple, aux réfugiés qui attendent dans des camps, en Grèce, en Italie ou ailleurs. Cette attente ne sollicite pas la dimension créatrice de l’être humain. Elle est liée à un ennui extrême et génère souvent l’agressivité. Dans un registre moins tragique, on peut aussi penser aux files d’attente en ex-URSS. L’attente est destructrice quand elle est liée à une dépendance à l’égard des puissants, parfois cyniques ou sadiques, qui ont un pouvoir sur nous.
Il existe une autre attente destructrice, celle qui empêche d’accueillir le présent. Dans Le Désert des Tartares, Dino Buzzatti met en scène un soldat qui attend sans cesse le jour d’une grande bataille, où il pourra montrer sa grandeur. Il est dans une attente qui le rend incapable d’apprécier le présent.

  • Comment renouer avec l’attente ?

C. C. : Pour penser positivement l’attente, il faut être habité intimement par une promesse, c’est-à-dire par une parole bonne, plus forte que toutes les paroles mauvaises qui nous entourent et qui sont aussi en nous. Cette « parole bonne », la Bible l’appelle une « bénédiction ». Croyant ou non, nous pouvons essayer de retrouver en nous la mémoire de paroles et de gestes passés, parfois très ténus, qui malgré toutes les difficultés, tous les malheurs, nous encourage à vivre.
L’attente permet ainsi de relier les différentes dimensions du temps. Attendre, ce n’est pas simplement être poussé vers l’avenir. C’est aussi être habité par la mémoire de ces paroles, que l’on peut se redire et s’encourager à ne pas oublier. Pour cela, il faut faire un travail sur soi-même. Retrouver en soi, le point où émerge la vie créatrice. On perd souvent ce centre parce que l’on vit trop dans l’extériorité.

par Catherine Chalier, philosophe et spécialiste du judaïsme

Ce temps d’isolement est aussi un beau temps de communication …

Tous ces messages, ces textes partagés sont là pour nous relier, nous soutenir mutuellement, nous faire réfléchir, nous ouvrir des chemins vers l’essentiel, nous accompagner dans l’organisation de cette vie confinée chez soi. Vie tellement différente où la solidarité, l’affection, se manifestent en force. Merci ….

À SUIVRE … pour nourrir notre prière universelle pendant la Semaine Sainte.
Partageons nos intentions, nos signes de fraternité et de compassion, nos peines…
Envoyons-les sur le mail des « Propositions du Prieuré »

Infos du Prieuré St Benoît
19 Mars 2020

Mes amis,

Nous vivons un temps extraordinaire, une manière forte de mettre en œuvre les 40 jours de purification du carême avant la Résurrection.

Coupés de tous (physiquement) et en même temps reliés les uns aux autres par cette même condition de reclus, et par les messages qui circulent, apportant du soutien et de l’espérance… on ne s’est jamais autant parlé au téléphone !

Au Prieuré, nous nous sommes retrouvés tous les 7, famille rassemblée 24h sur 24. Alors que nous étions souvent dispersés par nos différents engagements, nous voici présents à tous les moments de prière et tous les repas. Puisque nous avons la chance de pouvoir célébrer l’Eucharistie tous les jours, nous le faisons dans la communion de toute l’humanité souffrante et en particulier pour ceux qui sont au service de leurs frères. Vous gardez tous une place privilégiée à notre table eucharistique

Fr Paul

Des idées pour le temps qui vient …

Comme tout le monde, le « confinement » provoqué par l’épidémie du Coronavirus 19 n’est pas sans conséquences. Tout le monde le sait ! En forme de rubriques, voici quelques moyens pour traverser ces temps difficiles.

  • Parler et garder des liens

En groupe, en communauté, en famille, et même si on vit seul(e), oser en parler directement, par téléphone, internet, Skype, pour ne pas se laisser étouffer par les médias, le « qu’en-dira-t-on » et la panique toujours possible.

  • Changer sa pratique de Foi

Il y a tant de façons de continuer à croire ! La prière personnelle bien sûr, mais aussi la radio, la télé, les lectures spirituelles. C’est le temps de faire une « cure des psaumes ». Récitez, chantez, dansez les psaumes !

  • Risquer des solidarités nouvelles

Faire les courses d’un voisin, téléphoner à une personne isolée, se proposer d’accompagner un malade à l’hôpital… L’agriculteur le sait, quand la terre est en jachère, elle prépare du beau, du neuf, du bon. Quand la vie quotidienne est en jachère, c’est aussi pour préparer du beau, du neuf, du bon.

  • Retourner à l’essentiel

Dans cette rubrique, il s’agit de vivre les mille changements obligés du quotidien, comme une occasion de mieux penser à ce qui a du sens. Ce temps peut être le grand retour des valeurs qui font vivre.

  • Habiter son cadre de vie autrement

Ranger son appartement, revoir ses priorités, découvrir d’autres horizons à ce quotidien qu’on pensait irréformable. Prendre soin de soi à cause des autres, c’est aussi découvrir que la vie est féconde malgré tout.

Fr. Daniel

Ce temps d’isolement est aussi un beau temps de communication

La compassion

Notre tradition biblique nous apprend que les fléaux ne sont jamais loin. Elle nous raconte aussi que l’humain met du temps, 40 jours, 40 ans, pour trouver son chemin, changer sa vie, son cœur. C’est l’heure de s’ouvrir davantage, d’élargir l’espace de sa tente intérieure.

Ces semaines sombres, nombre de personnes sont et seront en effroi, en détresse, sans plus de points d’appui. En Église, il nous faut trouver comment les soutenir, alors même que nous ne pourrons les rejoindre physiquement, ce que nous faisons habituellement, pour beaucoup d’entre nous, en les visitant, les accompagnant. Manifester notre écoute, notre proximité bouleversée, notre foi humble et tenace est une priorité. Le soutien spirituel et humain ne peut s’interrompre, bien au contraire, quand des personnes et des familles vont en avoir d’autant plus besoin que les lieux habituels, aumôneries, paroisses, ne peuvent plus répondre autant. Le service de l’Église, aujourd’hui plus qu’hier encore, doit être celui de la compassion à quiconque en a besoin. À nous ensemble d’en inventer une nouvelle forme, au service de tous dans ces temps de grande épreuve pour beaucoup.

Chères Sœurs, chers Frères et Pères, restons proches les uns des autres par l’amitié et la prière. Par la supplication pour ce monde et pour que nous apprenions tous de ce drame et de ce combat à devenir plus humains et proches. Ne négligeons rien de ce qui dit notre responsabilité et notre souci de tous.

Sr Véronique Margron, op. Présidente de la CORREF

Garder confiance

Dis-moi, je t’en prie, de garder confiance. Dis-moi qu’au bout des tempêtes, qu’au bout des vagues et des ouragans – dis-moi un port, dis-moi un havre – dis-moi que des eaux calmes m’attendent.

Dis-moi, je t’en prie, de garder confiance. Dis-moi qu’au bout des ténèbres, qu’au bout de la nuit et du brouillard – dis-moi un étincelle, dis-moi une lumière – dis-moi que l’aurore monte et que le jour se lève.

Le petit livre de la consolation – Jean Humenry

À SUIVRE …

Alors n’hésitons pas à partager des réflexions, des textes et des nouvelles… Envoyons-les sur le mail des « Propositions du Prieuré » pour étayer nos prochains envois.

Catégories : Non classé

2 commentaires

STELTZLEN Bruno · 22 mars 2020 à 16 h 33 min

Bonjour,
L’équipe de préparation au mariage de St Maur (CPM) avaient rendez-vous au Prieuré St Benoît les 28 et 29 mars pour un WE annuel de ressourcement, centré, cette année, sur le « discernement » … Nous ferons le deuil de ce temps de fraternité privilégié, comme nous ferons le deuil de retrouvailles familiales, amicales, culturelles, qui nous avaient mis en marche, pour lesquelles nous avions investi de nous-mêmes, de notre temps, de notre passion … Pour sortir de ce « nous » centré sur « notre » univers , appelés à nous ouvrir au monde, à ses fragilités, ses souffrances, présentes déjà, à notre insu, dans le huis-clos de notre voisinage, où peuvent se vivre silencieusement des tensions, des drames … puis dans ces solidarités criées, chantées aux fenêtres avec les hôpitaux de la terre entière, dans un monde qui se sent soudain vulnérable, capable de tout stopper, de renoncer à l’activité, aux points de PIB pour que la vie soit première … Peut-être un choc salutaire pour, demain, nous sachions sacrifier du bien être pour que vive la terre !
Merci de vos réflexions, suggestions de solidarités nouvelles … Et de votre Espérance inébranlable dont le monde actant besoin…

Odile GERMAIN · 23 mars 2020 à 1 h 28 min

merci pour ce texte. Continuez à nous envoyer des messages de chemin vers Pâques au-delà ou avec le confinement.
La messe du dimanche à la télévision était pleine de paix et de beauté, dans une grande simplicité.
Bonne semaine
Odile

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *