DOSSIER : conférence d’Alice Gombault au Prieuré Saint Benoît d’Etiolles

HOMMES ET FEMMES DANS L’ÉGLISE : UNE QUESTION BRÛLANTE

Dès qu’on touche à la relation homme-femme, il y a de l’électricité dans l’air ! Regardons rapidement les textes. C’est l’interprétation des deux premiers chapitres de la Genèse qui fait difficulté là où s’enracine une image de l’homme et de la femme quelque peu contestable. On sait que d’autres interprétations réhabilitent Eve et en font non pas la première pécheresse, mais la première humaine, mère de l’humanité. Des théologiennes féministes ont mis l’accent sur les matriarches de l’Ancien Testament et sur les attitudes féminines de Dieu. Dans le nouveau testament, c’est l’heureuse surprise des comportements de Jésus vis-à-vis des femmes. Nous connaissons tous l’épisode de Jésus avec la Samaritaine qui, à l’encontre des codes de bienséance de sa culture, parle avec une femme, une Samaritaine, et de surcroît une personne à la vie quelque peu débridée et l’on sait que cette conversation permet à Jésus de se dévoiler. Évoquons les guérisons de femmes : l’hémorroïsse, touchée dans sa féminité, la femme courbée, symbole de la condition féminine, sa compassion pour une femme veuve à qui il redonne son fils, le dialogue avec la cananéenne… Rien dans l’attitude de Jésus n’est méprisant vis-à-vis des femmes. Enfin c’est à elles qu’il se montre et ce sont elles qu’il charge de la première annonce de la Résurrection.

Dans les premières communautés chrétiennes, ce sont surtout les textes de Paul qui nous renseignent sur le rôle des femmes. Celui-ci a été accusé de misogynie à cause de certaines phrases célèbres : « Que les femmes se taisent dans les assemblées » (1ère Corinthiens 14, 34) ou bien « Que les femmes soient soumises à leur mari » (Ephésiens 5, 22). Quoi qu’il en soit, on constate par ailleurs que les relations de Paul aux femmes semblent avoir été intenses et nombreuses. Prenons les salutations de la fin de l’épître aux Romains : 13 femmes sont nommées sur un total de 28 personnes. C’est presque la parité et pour l’époque, c’est une proportion étonnante. Phoebé porte le titre de « diaconos » et semble avoir eu une fonction importante de direction, voire de présidence. Dans le couple Prisca et Aquilas, on note que la femme est nommée en premier, signe d’un engagement plus important que son mari au service de la communauté. À Philippes, Paul avait été accueilli par Lydie, qui fit de son foyer le premier centre d’évangélisation de l’Europe.

Avec les textes du magistère

On notera Mulieris dignitatem (1988) où l’on trouve pour la première fois sous la plume d’un pape des propos nouveaux concernant la relation entre femmes et hommes. Jean-Paul II parle d’égalité essentielle et de parfaite réciprocité entre eux. En juin 1995, juste avant la conférence de l’ONU à Pékin sur les femmes, il écrit une lettre aux femmes du monde entier. Le pape y exprime des regrets et reconnaît la responsabilité que porte l’Eglise dans la dénaturation et la réduction en esclavage des femmes ; il reconnaît la violence qui s’exerce contre elles, il proclame l’égale responsabilité de l’homme et de la femme dans la construction de l’histoire.

C’est à propos de l’ordination des femmes qu’apparaît clairement une discrimination dans l’Église entre le masculin et le féminin, même si cette dernière s’en défend. Elle ne discrimine pas, elle suit la volonté de Dieu. Cette question a été véritablement verrouillée dans l’Eglise catholique. Il a fallu trois textes et malgré cela, elle continue à être sujet de discussion. (inter insignores 1977 – ordinatio sacerdotalis – 1994 - 1995). Il faut croire que les enjeux sont importants pour que l’institution ait ainsi manifesté ses craintes. De quoi est-il vraiment question ? Introduire l’égalité homme/femme dans les ministères, c’est fragiliser la nature hiérarchique de l’Eglise. Celle-ci, dit-on, est don de Dieu et pas seulement institution humaine. L’initiative de Dieu serait manifestée par la structure hiérarchique. Il en découle une structure de subordination qui va de la soumission, de l’humanité à Dieu, de l’Eglise au Christ, à celle de la femme à l’homme, entraînant la soumission du peuple laïc au clerc. Le malaise qui touche les prêtres et qui aboutit à leur raréfaction tient autant à la question de l’exclusion des femmes qu’à cette structure hiérarchique. Celle-ci n’est plus adaptée à nos mentalités, à nos mœurs, à une théologie du ministère pour aujourd’hui et semble fondamentalement contraire à l’évangile de Jésus. Plutôt qu’une théologie de la femme ou de l’homme, il vaudrait mieux une théologie de la relation sexuée que j’appellerais volontiers une théologie du partenariat.

Une théologie du partenariat

Hommes et femmes aujourd’hui sortent doucement et encore péniblement des stéréotypes qui les enfermaient dans des images et des identités d’où découlaient les statuts et les rôles. Ils entrent dans une relation nouvelle, une relation entre partenaires où l’égalité et la parité sont de mise. La grande nouveauté du christianisme est bien l’introduction d’une relation nouvelle instaurée par Jésus-Christ entre les êtres humains : c’est le commandement de l’amour mutuel et réciproque. Dieu a noué avec l’humanité un étonnant partenariat : en Jésus-Christ, il s’est fait notre partenaire : « je ne vous appelle plus serviteur mais ami ». Il fait de nous ses partenaires en nous élevant à la suite du Christ à la dignité d’enfants ; et il nous rend de ce fait partenaires les uns des autres. Appelés ainsi à une nouvelle identité de fils et filles de Dieu, il nous faut ensemble, en Eglise, l’endosser et en assumer les conséquences.

Si nous gardions un doute sur la qualité de la relation ainsi introduite par Jésus-Christ, nous pouvons relire l’épisode du lavement des pieds (Jean 13) qui prend la place de l’institution de l’eucharistie dans le quatrième évangile. Nous y voyons l’homme Jésus jouer le rôle féminin de servante : en se baissant devant les apôtres, c’est lui qui lève les yeux vers eux, inversant à jamais l’attitude de l’être humain, habitué à lever les yeux vers le ciel. L’idée de ce service lui est peut-être venue de l’onction faite par Marie quelques jours auparavant avec un parfum de prix. Le partenariat n’est pas autre chose que la notion actualisée de l’alliance, mot biblique traditionnel.

Quelques pistes en forme de questions

Comment ouvrir les yeux sur les avancées de la société, gagnées par les femmes sans être dans un féminisme outrancier ? En partant de la pratique, demandons-nous : Que font les femmes dans les églises ? Quel effet produit l’ordination de femmes anglicanes ? Quels bilans font les églises protestantes des femmes pasteurs par rapport au cléricalisme qui n’avait pas épargné les hommes pasteurs ? Chez nous, quelle est la qualité de leur évangélisation, de leur catéchèse, de leurs pratiques liturgiques ? Les communautés, quand elles deviennent responsables, sont capables de générer en leur sein des responsables. Dans l’optique de Joseph Moingt (S.J.), nous pensons qu’un renouveau ecclésial peut s’opérer à partir des petits groupes chrétiens de prière, d’étude biblique, de vie fraternelle, de célébration.

Agir, c’est se frayer un passage là où il n’y en a pas encore. C’est tracer une nouvelle voie. C’est préparer des outres neuves pour y introduire le vin nouveau de l’Esprit. Alice GOMBAULT

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