Suite aux mesures de confinement, nous devons pour cette année au moins trouver d’autres façons de célébrer et d’être ensemble en ce temps qui se veut tourné vers la Vie ! Pour nous y aider, nous vous proposons dés le cinquième dimanche de carême quelques cheminements possibles pour que surgisse en nous la « Vie du Christ », de Pâques bien sûr, à la Pentecôte, mais aussi au sortir de cette crise qui nous invite à regarder nos vies différemment !  

Dimanche 29 mars ; Jeudi Saint 2020 ; Vendredi Saint ; Samedi Saint ; Ascension ; Pentecôte.

Samedi Saint

Célébrer le Samedi Saint avec le psaume 118 «Devenir vivant»

Les psaumes de l’Ancien Testament sont des « cris d’hommes » vers Dieu. Ils expriment une énergie de vie inouïe que la liturgie du jour explicite à travers les écrits du Nouveau Testament et tout son déroulement.

Le contexte et le plan du psaume 118« Célébrez le Seigneur car il est bon »

Une proposition de lecture et de prière du psaume (Temps personnel ou en groupe selon les possibilités)

Le psaume comme annonce du message évangélique (Matthieu 28,1-10)

L’expérience liturgique du psaume dans la célébration de la vigile pascale.

Voici quelques possibilités :

Utiliser le psaume en tout ou partie après certaines lectures de l’Ancien Testament.

Créer une gestuelle individuelle ou collective de l’alléluia.

Actualiser le psaume au cours de sa « lectio divina »  

Ajouter des strophes au psaume, en langage d’aujourd’hui

À partir du chant de l’alléluia, évoquer des intentions de prières. etc…etc…

Des textes pour nous ouvrir à l’humain, à la vie célébrée en la nuit pascale :

Mon cœur est devenu capable d’accueillir toutes les formes.

Il est pâturage pour les gazelles et monastère pour les moines !

Il est temple pour les idoles et la Ka’ba pour les pèlerins, Il est les tables de la Thora et aussi le livre du Coran !

J’enseigne la religion de l’Amour.

Quel que soit le chemin qu’empruntent ses caravanes, L’amour est ma loi et ma Foi.

Ibn Arabi (mort en 1240)

Si l’on m’avait dit plus clairement…

Je ne puis m’empêcher de penser que ma vie aurait été tout autre, ma foi plus ardente, mon expérience plus joyeuse, mon cœur plus épanoui…

Si l’on m’avait dit plus clairement :

Que la vie n’est pas un long pourrissement mais un continuel enrichissement; que chaque jour peut apporter une clarté nouvelle, une compréhension plus grande, une expérience plus large, un amour plus pur, une joie plus sereine.

Que la vie n’est pas un jour qui décline mais une aurore qui se lève, que l’on ne marche pas vers la nuit, mais de la clarté vers une lumière éblouissante et sans fin.

Que la vie est un don merveilleux, un don sans limite, comme tout ce qui vient de Dieu.

Que le Christ nous a déjà ressuscités en lui, qu’il est avec nous, que nous sommes en lui, que nous sommes avec lui à jamais.

Que nous lui sommes unis comme les membres vivants d’un corps vivant éternellement ; Oui je le crois, ma vie aurait été tout autre si l’on m’avait découvert un autre visage de Dieu, si l’on m’avait parlé clairement, franchement, sans si et sans mais, même pour la bonne cause.

Si l’on m’avait dit avec enthousiasme et exultation, non seulement en paroles, mais en prêchant l’exemple, que Dieu n’était qu’Amour; Si l’on m’avait dit en chantant, en vivant, en riant, en exultant de joie et de bonheur.

Si l’on m’avait dit, ah ! Si l’on m’avait dit clairement ce qu’Il a dit.

Jean Harang

Le chemin de Dieu passe par l’homme

On dit que tu nous parles. Mais je n’ai jamais entendu ta voix de mes propres oreilles. Les seules voix que j’entend, ce sont des voix fraternelles qui me disent des paroles essentielles.

On dit que tu te manifestes. Mais je n’ai jamais vu ton visage de mes propres yeux. Les seuls visages que je vois, ce sont des visages fraternels qui rient, qui pleurent et qui chantent.

On dit que tu t’assois à notre table. Mais je n’ai jamais rompu avec toi le pain de mes propres mains. Les seules tables que je fréquente, ce sont des tables fraternelles où il fait bon se restaurer de joie et d’amitié.

On dit que tu fais route avec nous. Mais je n’ai jamais senti ta main se poser sur mes propres épaules. Les seules mains que j’éprouve, ce sont les mains fraternelles qui étreignent, consolent et accompagnent. Mais je ne t’ai jamais vu intervenir dans mes propres malheurs. Les seuls sauveurs que je rencontre,ce sont des cœurs fraternels qui écoutent, encouragent, stimulent.

Mais si c’est toi, ô mon Dieu, qui m’offres ces voix, ces visages, ces tables, ces compagnons, ces mains et ces cœurs fraternels, alors du cœur du silence et de l’absence, tu deviens, par tous ces frères, parole et présence.

Jacques Musset

Vendredi Saint

Célébrer le vendredi Saint avec le psaume 31« Devenir malgré la souffrance »

Les psaumes de l’Ancien Testament sont des « cris d’hommes » vers Dieu. Ils expriment toute une espérance malgré la souffrance, que la liturgie du jour explicite à travers les écrits du Nouveau Testament et tout son déroulement.

Le contexte et le plan du psaume 31 « Seigneur j’ai fait de toi mon refuge »

Une proposition de lecture et de prière du psaume(Temps personnel ou en groupe selon les possibilités)

Le psaume comme annonce du message évangélique (Jean 18, 1-19, 42)

L’expérience liturgique du psaume dans la célébration du Vendredi Saint

Voici quelques possibilités :

Choisir une partie du psaume pour en faire une « lectio divina ».

Actualiser une partie du psaume avec des évènements d’aujourd’hui.

Introduire des séquences de la Passion en utilisant le psaume.

Choisir de répéter quelques versets du psaume.

Gestuer une partie du psaume, seul(e) ou en groupe (avec ou sans la croix entre ses mains).

Utiliser le psaume pour la grande prière universelle. etc… etc…

Le poème de Zeno BIANU pour entendre autrement ce qui se célèbre ensemble le Vendredi Saint :

FUGUE pour Denis Lavant

plus haut
parlez plus haut
les morts
soufflez dans l’infini
plus haut
dans le secret de votre nuit

plus haut
la semence des anges
plus haut
le ciel et les mains pleines
plus haut
l’immensité du noir

plus haut
parlez plus haut
les morts
parlez pour prendre corps
plus haut
parler pour prendre cœur

plus haut
le cortège des ombres
plus haut
les fables du naufrage
plus haut
la pulpe du désordre

plus haut
parlez plus haut
les morts
dans la sève de votre vertige
plus haut
votre pluie d’espace

plus haut
ce ressac de tendresse
plus haut
cet iris de solitude
plus haut
ce souffle de pierre meurtrie

plus haut
parlez plus haut
les morts
pour renverser notre sommeil

plus haut
pour prêter l’oreille au sans fond

plus haut
les oiseaux du vide
plus haut
les pièges à mélancolie
plus haut
le cœur du couchant

plus haut
parlez plus haut
les morts
pour inciser le monde
plus haut
pour agrandir le temps

plus haut
vos lèvres de baptême

plus haut
vos étoiles de fatigue
plus haut
votre blessure d’horizon

plus haut
parlez plus haut
les morts
inlassablement
plus haut
dans la montagne des signes

LE DÉSESPOIR N’EXISTE PAS. Zeng Bianco

Jeudi Saint 2020

Célébrer le Jeudi Saint avec le psaume 115 « Devenir communion »

Les psaumes de l’Ancien Testament sont des « cris d’hommes » vers Dieu. Ils expriment un immense désir de communion, que la liturgie du jour explicite à travers les écrits du Nouveau Testament et tout son déroulement.

Le contexte et le plan du psaume 115 « J’aime le Seigneur, il entend ma voix » Une proposition de lecture et de prière du psaume

(Temps personnel ou en groupe selon les possibilités)

Le psaume comme annonce du message évangélique (Jean 13, 1-15)

L’expérience liturgique du psaume dans la célébration du Jeudi Saint

Voici quelques possibilités :

Choisir quelques versets et les répéter.

Compléter les versets choisis par des passages évangéliques du jour.

Alterner les strophes par un refrain approprié.

Choisir les qualificatifs ou les verbes pour résumer le psaume.

Prendre une paraphrase du psaume en contrepoint (cf A. Lerbret).

Préparer la table du Jeudi Saint pendant la lecture du psaume ou certains passages.

Actualiser certains versets du psaume. etc … etc …

  • Le poème de François Cheng pour nous donner le goût de célébrer ensemble le Jeudi Saint

« Nous vous bénissons Seigneur… Il nous a donné la lumière, formez le cortège Célébrez le Seigneur »

Pourtant il nous reste encore à célébrer comme tu le fais. Célébrer ce qui, jailli d’entre nous, tend encore vers la vie ouverte. Ce qui, d’entre les chairs meurtries, crie mémoire Ce qui, d’entre les sangs versés, crie justice. Seule la voie en vérité où nous pourrions encore honorer les souffrants et les morts. Chacun de nous est finitude. L’infini est ce qui naît d’entre nous fait d’inattendus et d’inespérés.

Célébrer l’au-delà du désir, l’au-delà de soi. Seule voie en vérité où nous pourrions encore tenir l’initiale promesse. Célébrer le fruit, plus que le fruit même mais la saveur infinie.Célébrer le mot, plus que le mot même, mais l’infinie résonance. Célébrer l’aube des noms réinventés. Célébrer le soir des regards croisés. Célébrer la nuit au visage émacié des mourants qui n’espèrent plus rien mais qui attendent tout de nous. En nous l’à-jamais-perdu que nous tentons de retourner en offrande, seule voie où la terre s’offrira sans fin paumes ouvertes.

François Cheng (livre du médian – Éditions Albin Michel 2004)

Dimanche 29 mars 2020 cinquième dimanche de Carême

Chemins bibliques pour temps de virus

LES PSAUMES :
« Fidélité et vérité précèdent ta face » (Ps. 89, 15)… Dieu vient après ?
« Tu fais retourner l’homme à la poussière » (Ps. 90, 31)… Est-ce si sûr ?
« S’il en tombe mille à ton côté et dix mille à ta droite, toi tu restes hors d’atteinte » (Ps. 91, 7)… Es-tu l’au-delà de tout ?
« Ne me cache pas ton visage au jour de la détresse » (Ps. 102,3)… Est-il vrai que tu es là ?
« Sauve-nous Seigneur notre Dieu, rassemble nous du milieu des nations » (Ps. 106, 47)… Qui es-tu Dieu sauveur ?
« Si je marche en pleine détresse, tu me fais revivre » (Ps. 138,7) Qu’est-ce que croire avec ça ?

LES LIVRES DE LA SAGESSE :
« Dans l’adversité esclaves et maîtres étaient frappés d’une même peine. L’homme du peuple souffrait comme le roi. Tous à la fois par le même genre de mort, ils avaient des cadavres innombrables et les vivants ne suffisaient pas à les ensevelir » (Sag. 18,11)
« Si tu prêtes l’oreille, tu deviens sage » (Sir. 6, 33)
« En tout, Seigneur, tu as exalté et glorifié ton peuple, tu n’as pas manqué de l’assister à tout moment et en tout lieu » (Sag. 19,22)

Fr. Daniel

L’ÉVANGILE DU JOUR Jn 11,1-45
« Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu » (Jean 11,4)
Seigneur si tu avais été là
C’est un peu bouleversant de lire ce passage de l’Évangile alors qu’aujourd’hui tout nous parle de maladie et de mort – de ce virus qui nous touche ou touche l’un de nos proches et de ces morts que l’on compte tous les soirs. Cette Parole de Dieu s’adresse à notre humanité blessée et désorientée.
« Seigneur si tu avais été là mon frère ne serait pas mort ! » Marthe et Marie disent ce qu’elles ont sur le cœur : un ami, on doit pouvoir compter sur lui dans les moments difficiles.
Jésus devant la mort de son ami ne peut que pleurer car il aimait Lazare et il aime Marthe et Marie.
Mais lui le maître de la vie ne pouvait faire que la mort ne soit plus car la mort fait partie de la vie. Et de même qu’il a commandé au vent et à la mer pour que la tempête s’apaise, il va commander à la mort : « Lazare, viens dehors » « déliez-le et laissez-le aller » Lazare se lève et se débarrasse de tous ces liens qui l’empêchaient de vivre.
Voilà ce que Jésus nous dit aujourd’hui, comme il l’a dit à Marthe et à Marie « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ». La vie est plus forte et plus grande que ce corps mortel. La question n’est pas de savoir si l’on sera vivant après la mort et quelle sera cette vie, mais il s’agit d’être vivant maintenant – avant la mort, qui de toutes façons surviendra en son temps – et vivant d’une vie qui est plus forte que la mort.
« Je suis la résurrection et la vie… quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ! Crois-tu cela ? »
Croire en Jésus, c’est participer avec Lui à cette Vie qui est plus forte que la vie que nous voyons de nos yeux, croire à la Vie plus forte et plus grande que nos corps mortels, à la Vie non pas demain mais aujourd’hui. L’au-delà n’est pas ailleurs, il est au-dedans de nous-même, le ciel est ici et maintenant.
C’est aujourd’hui que nous sommes appelés à nous éterniser, à vaincre la mort, à faire de c e monde un monde humain et habitable, digne de nous et digne de Dieu. « Je suis venu, dit Jésus, pour qu’ils aient la vie et que la vie en eux soit débordante. » – Jn 10/10
Nous allons bientôt célébrer Pâques, la fête de la vie triomphante, et auparavant nous allons nous rappeler le dernier repas et le don que Jésus va faire de sa vie. Ce qui est donné par amour ne peut mourir car le don engendre la vie.

Fr. Paul

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